Voir son olivier planté en pleine terre se déplumer inquiète, surtout quand les feuilles tombent par poignées. Pourtant, la chute des feuilles n’est pas toujours le signe d’un arbre condamné. Tout dépend du moment, de l’ampleur de la perte et de l’état du bois.
Les causes principales de la chute des feuilles en pleine terre
En pleine terre, l’olivier (Olea europaea) ne dispose pas des protections d’un arbre en pot : il ne se déplace pas à l’abri, son sol ne se change pas et ses racines subissent directement l’hiver. Quatre grandes familles de causes expliquent la plupart des défoliations : le froid, l’eau (en trop ou en manque), les maladies du feuillage et les ravageurs. La verticilliose, plus rare, mérite une vigilance particulière.
Pour arriver vite à une hypothèse, suivez cet ordre de vérification :
- Notez la date et l’ampleur de la chute : quelques feuilles anciennes ou tout l’arbre ?
- Regardez les feuilles tombées : brunes et sèches, jaunes, tachetées, ou encore vertes ?
- Plantez un doigt à 15 ou 20 cm dans le sol : détrempé, ou dur et sec ?
- Grattez l’écorce d’un rameau : vert dessous, ou brun et sec ?
Ces quatre gestes suffisent le plus souvent à désigner la cause probable. Le tableau ci-dessous résume les correspondances les plus courantes.
| Ce que vous observez | Cause probable | Premier geste |
|---|---|---|
| Feuilles brunes et sèches quelques semaines après une vague de froid | Gel | Attendre, tester le bois |
| Feuilles jaunes, sol lourd et détrempé | Excès d’eau, asphyxie racinaire | Améliorer le drainage |
| Feuilles enroulées et ternes, sol sec | Sécheresse | Arroser lentement et en profondeur |
| Taches rondes avec halo jaune | Œil de paon | Traiter au cuivre |
| Une branche entière qui se dessèche d’un coup | Verticilliose | Couper la branche atteinte |
Une chute partielle n’est pas forcément grave
L’olivier est un arbre à feuillage persistant, mais chaque feuille ne vit que deux à trois ans. Il est donc normal d’en voir jaunir et tomber, surtout au printemps, à l’intérieur de la ramure et sur les rameaux les plus anciens. Tant que l’arbre garde un feuillage dense à l’extérieur et pousse de nouvelles pointes vertes, le renouvellement des feuilles suit son cours. C’est une défoliation massive, rapide et touchant aussi les rameaux jeunes, qui doit alerter.
Le froid et le gel : quand la chute suit un coup de froid
Un olivier adulte et bien installé supporte des températures négatives autour de -10 °C pour de courts épisodes. Les jeunes sujets plantés depuis moins de trois ans sont bien plus fragiles et peuvent souffrir dès -5 à -7 °C. Un sol froid et saturé d’eau aggrave l’effet du gel, tout comme un vent sec et glacial.
Le piège, c’est le décalage. Les feuilles touchées par le gel ne tombent pas tout de suite : elles brunissent, se recroquevillent, puis chutent plusieurs semaines après la vague de froid, parfois au printemps. Une chute tardive de feuilles sèches, sans taches, après un hiver rude, pointe donc très souvent vers le froid.
L’erreur classique après un hiver rigoureux : sortir le sécateur en février
Un olivier gelé semble mort alors que son bois est parfois intact. En coupant trop tôt, on retire des rameaux qui auraient repris. Attendez la fin du printemps, voire le début de l’été, pour voir où la végétation repart avant de tailler.
Sécheresse ou excès d’eau : diagnostiquer le problème hydrique

L’olivier résiste bien à la sécheresse une fois enraciné, mais la première et la deuxième année après plantation, son système racinaire reste limité. Un été sans pluie et sans arrosage provoque alors un stress hydrique : les feuilles se ternissent, s’enroulent, jaunissent, puis tombent. Un arrosage lent et profond toutes les deux à trois semaines en période sèche vaut mieux que des apports fréquents et superficiels.
L’excès d’eau est paradoxalement plus fréquent, et plus dangereux. Dans un sol argileux, tassé ou mal drainé, l’eau stagne au pied et les racines s’asphyxient puis pourrissent. Les symptômes ressemblent à ceux de la sécheresse (feuilles ternes, jaunissement, dépérissement progressif), ce qui pousse beaucoup de jardiniers à arroser davantage et à aggraver la situation, comme on le voit aussi sur un laurier rose aux feuilles jaunissantes.
Le test du doigt à 15 ou 20 cm tranche la question. Si la terre colle et reste froide, coupez l’arrosage. Si l’eau stagne après une pluie, surélevez la zone en butte, ajoutez du gravier ou du sable pour alléger le sol et dégagez le pied de tout paillage épais. Un paillage minéral léger, tenu à distance du tronc, protège les racines du froid sans retenir l’humidité contre l’écorce.
Maladies et ravageurs : œil de paon, cochenilles et verticilliose
L’œil de paon (cercosporiose)
Ce champignon se repère à ses taches rondes sombres entourées d’un halo jaune, visibles sur le dessus des feuilles. Il prospère par temps doux et humide, surtout en automne et au printemps, et provoque une chute parfois spectaculaire des feuilles atteintes. L’arbre s’en remet généralement, à condition d’aérer la ramure par une taille légère et de traiter à la bouillie bordelaise en fin d’hiver, puis éventuellement à l’automne.
Les cochenilles
Ces ravageurs se fixent sur les rameaux et sous les feuilles. Ils affaiblissent l’olivier en pompant la sève et laissent un miellat qui attire la fumagine, un dépôt noir comme de la suie. Une chute de feuilles accompagnée de ce voile noir et collant oriente vers les cochenilles : un lavage au savon noir dilué et une taille d’aération limitent le problème.
La verticilliose
C’est la cause la plus sérieuse. Ce champignon du sol obstrue les vaisseaux de l’arbre et provoque le dessèchement brutal d’une branche ou d’un côté de l’olivier, avec des feuilles qui restent accrochées, flétries. En coupant un rameau malade, on observe souvent un liseré brun à l’intérieur du bois. Aucun traitement curatif n’existe : on coupe les parties atteintes, on désinfecte le sécateur et on évite les apports azotés qui favorisent la maladie.
Mon olivier est-il mort ? Le test du rameau
Pour savoir si l’arbre est encore vivant, grattez légèrement l’écorce d’un rameau avec l’ongle ou la lame d’un couteau. Un tissu vert et humide dessous indique du bois vert, donc vivant. Un tissu brun, sec et cassant signale un rameau mort. Répétez le test à plusieurs endroits, en descendant vers la base des branches puis vers le tronc.
Même si toute la ramure est sèche, l’olivier peut repartir de la souche, car il rejette volontiers du pied. Si le bas du tronc reste vert, patientez jusqu’à l’été avant de conclure. Seul un tronc entièrement brun et sec, sans aucun rejet à la base, confirme que l’arbre est perdu.
Que faire selon la cause, et questions fréquentes

Après un gel, laissez l’arbre tranquille, arrosez modérément et attendez la reprise. En cas d’excès d’eau, améliorez le drainage du sol et suspendez l’arrosage. Pour la sécheresse, arrosez en profondeur et de façon espacée. Pour l’œil de paon et les cochenilles, aérez et traitez. Face à la verticilliose, supprimez les branches touchées et gardez vos distances avec toute culture sensible à proximité.
Faut-il tailler un olivier qui perd ses feuilles ?
Ne taillez pas avant la reprise de végétation, sauf pour retirer le bois visiblement mort après le test du rameau ou une branche touchée par la verticilliose. Une taille drastique sur un arbre déjà stressé l’épuise davantage.
Peut-on donner de l’engrais ?
Mieux vaut s’en abstenir. Un arbre affaibli n’absorbe pas bien les nutriments, et l’azote en excès favorise les maladies et la pourriture racinaire. Attendez qu’il ait repris pour envisager un léger apport de compost.
Quand traiter à la bouillie bordelaise ?
Surtout en fin d’hiver, avant le débourrement, et à l’automne si les conditions sont humides. Évitez les périodes de gel et de forte chaleur. Ce traitement ne vaut que pour les maladies fongiques du feuillage comme l’œil de paon : il n’a aucun effet sur le froid, l’eau ou la verticilliose.
Comment protéger l’olivier du prochain hiver ?
Plantez-le dans un sol drainant et à l’abri des vents froids, paillez le pied avec un matériau léger et, pour un jeune sujet, voilez le feuillage de novembre à mars lors des nuits de gel marqué. L’hivernage en pleine terre se joue surtout à la plantation : un bon emplacement évite la plupart des mauvaises surprises.





